Consommation durable: un rapport dénonce le marché des certifications

Consommation durable: un rapport dénonce le marché des certifications

Source LE FIGARO : https://bit.ly/2rsdHfx

Des zones de concession de la plus grande société d’huile de palme, en Indonésie, le 6 juillet 2010. ROMEO GACAD/AFP

Selon un rapport de la fondation Changing Markets, les systèmes de certification nuisent à l’environnement et trompent les consommateurs.

La certification contribue-t-elle à protéger l’environnement? La réponse est «non», si l’on en croit la conclusion d’un récent rapport de la fondation Changing Markets. Cette ONG a cherché à savoir si les systèmes de certification volontaires (écolabels de produits, labels d’impact sur l’environnement…) orientaient correctement les consommateurs vers des produits durables, et ce dans trois domaines confrontés à de graves problèmes environnementaux: l’huile de palme, les produits de la mer et le textile.

Selon ce rapport, de nombreux systèmes de certification, censés aider les consommateurs à prendre des décisions bénéfiques pour l’environnement, font en réalité obstacle à l’instauration d’un monde plus durable. Changing Markets estime notamment que le déferlement de systèmes de certification crée de la confusion chez les consommateurs et constitue une couverture pour des entreprises qui détruisent l’environnement. «Les systèmes de certification nuisent à l’environnement et trompent des consommateurs qui souhaitent de plus en plus opérer des choix éthiques et durables. Il est temps de repenser avec sérieux la façon dont nous tentons d’atteindre la durabilité, parce que notre système actuel ne fonctionne plus», explique ainsi Nusa Urbancic, directrice des campagnes de Changing Markets. Voici les constats de Changing Markets pour les différents secteurs étudiés:

• L’huile de palme

D’après Changing Markets, l’huile de palme est présente dans la moitié des produits vendus en supermarché. Pourtant, sa production est l’un des principaux facteurs de déforestation, d’émissions de gaz à effet de serre, de feux de forêts et de perte des habitats où vivent des espèces menacées telles que les orangs-outans, les éléphants ou les rhinocéros.

Le rapport indique qu’aucun des systèmes de certification – pas même le RSPO qui certifie près de 19% de la production mondiale d’huile de palme – n’a contribué à ralentir la déforestation ou la perte de biodiversité. «La traçabilité constitue un problème majeur: il a ainsi été observé que de l’huile de palme illégale peut même se retrouver dans des produits certifiés», précise Changing Markets.

• La pêche

Changing Markets explique également que «la pêche industrielle a décimé l’océan» et que «près de 90% des stocks de poissons dans le monde sont pleinement exploités ou surexploités». Selon la fondation, 14% de la production mondiale de poissons et fruits de mer a été certifiée en 2015, contre seulement 0,5% dix ans plus tôt.

En 2015, deux des principaux systèmes de certification de pêche durable, dirigés par Friends of the Sea et par le Marine Stewardship Council (MSC), ont certifié plus de 9 millions de tonnes de poissons chacun. Or le rapport montre que ces deux organisations ont certifié des pêcheries surexploitées, qui présentent de très forts taux de prises accessoires ou qui, dans certains cas, sont contraires à la législation du pays concerné. La demande exponentielle en produits de la pêche durable et le désir d’y répondre menacent la crédibilité du MSC parce que la pêche réellement durable est insuffisante pour répondre à la demande, estime le rapport. Selon Changing Markets, McDonald’s a par exemple pu contrer les critiques quant à la durabilité du hoki vendu dans ses restaurants en arguant qu’il s’agit de poisson certifié MSC, et ce en dépit des nombreuses objections qui se sont élevées contre cette certification, étant donné que cette pêche présente un fort taux de rejets et a recours au chalutage.

• Le textile

L’industrie textile utilise actuellement un quart des produits chimiques produits dans le monde et est responsable de 20% de la pollution industrielle de l’eau, ce qui en fait la deuxième plus grande pollueuse d’eau douce de la planète. Le rapport de Changing Markets conclut que, malgré la prolifération des initiatives de certification (plus de 100 systèmes de certification volontaire et labels écologiques pour le textile), il n’existe pas de système global qui permette de contribuer efficacement à la durabilité de toute la chaîne d’approvisionnement et qu’il y a un manque cruel de transparence dans certains des systèmes les plus largement utilisés.

Ainsi, selon Changing Markets, l’écolabel européen est identifié comme un des meilleurs systèmes, parce qu’il couvre différents types de textiles et emploie une approche basée sur le cycle de vie. Toutefois, lorsque les chercheurs ont examiné dans le détail ses normes pour les fibres de viscose, il leur est apparu que cet écolabel ne couvrait pas les indicateurs de pollution de l’eau pendant la phase de fabrication. D’autre part, selon le rapport, le label Better Cotton Initiative (BCI) est l’un des plus mauvais systèmes de certification et pourrait avoir entravé l’essor du coton biologique. «La tolérance de BCI à l’égard des pesticides et des OGM a conduit plusieurs agriculteurs à passer du coton biologique au coton génétiquement modifié», détaille le rapport.

Que propose le rapport de Changing Markets?

Concrètement, Changing Markets demande l’abolition des systèmes de certification les plus mauvais dans ces trois secteurs et la réforme en profondeur des autres sur la base des principes de transparence, d’indépendance, d’approche globale et d’améliorations continues. Le rapport prévient également que les systèmes de certification volontaires ne devraient pas se substituer à des réglementations nationales ou internationales strictes.

D’après Changing Markets, «en l’absence de systèmes de certification fiables, les gouvernements, les entreprises et les consommateurs peuvent prendre des mesures pour améliorer la durabilité». L’ONG recommande notamment de donner la priorité aux petites pêcheries durables, créer et faire respecter des réserves marines et des quotas de pêche fondés sur les données scientifiques, introduire un moratoire sur la déforestation et le drainage des tourbières dans le secteur de l’huile de palme et adopter des politiques de pollution zéro ainsi qu’une meilleure transparence dans la chaîne d’approvisionnement du secteur textile, par exemple en appliquant une législation appropriée.


Quelques chiffres sur le développement durable en France

Changing Markets cite par ailleurs un certain nombre de chiffres qui permettent d’appréhender la consommation durable dans l’Hexagone. En 2015, 52% des ménages français ont déclaré avoir acheté un ou plusieurs produits labellisés (label écologique) et, par ailleurs, 42% des consommateurs français déclarent qu’ils regardent les étiquettes au moment d’acheter des produits. De plus, en 2016, la France était l’État membre de l’UE qui avait reçu le plus grand nombre de certificats «Ecolabel européen»: 3745 produits et services français avaient obtenu le label écologique de l’UE en mars 2016. Au total, le marché français des produits équitables a progressé de 42,8% en 2016 par rapport à 2015, tous secteurs confondus, et s’élève actuellement à près de 1 milliard d’euros .

Dans le détail des secteurs, le marché français du coton «éthique» a diminué de 32% en 2017 (par rapport à 2015). Concernant la pêche, le nombre de produits portant le label MSC dans l’Hexagone a augmenté de 35% entre 2016 et 2017. En 2017, 1774 produits portaient le label MSC, contre 1318 en 2016. En France, le Marine Stewardship Council (MSC) compte 9 pêcheries (sur un total de 312 dans le monde).

Enfin, à propos de l’huile de palme, les Amis de la Terre estiment que la consommation totale par habitant en France est de 13 kilogrammes par an. Plus de 13% des aliments vendus dans les supermarchés contiennent de l’huile de palme. Celle-ci est présente dans 50% des produits contenant du chocolat et 90% des produits à tartiner (comme le Nutella).

admin8099